Pour une enfance heureuse- Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau-Dr Catherine Gueguen

Texte de 296 pages paru en 2014

Catherine Gueguen est pédiatre depuis 27 ans. Spécialisée dans le soutien à la parentalité, elle est formée en haptonomie et en communication non violente.

Cet ouvrage a pour but de transmettre les connaissances actuelles en neurosciences affectives et vient répondre à ces questions: Que peut-on attendre d’un enfant en fonction de la maturité de son cerveau? Qu’est-il capable de faire et de comprendre? Quel est le lien entre le climat affectif et le développement cérébral?

Tant que le cerveau n’est pas totalement mature, son fonctionnement est limité, ce qui explique les difficultés à se contrôler, à maîtriser ses réactions émotionnelles. Souvent l’enfant ne sait pas lui-même ce qui lui arrive.

L’humain un être social

Notre cerveau est câblé pour rencontrer l’autre. Depuis notre vie intra-utérine nous recherchons des relations affectives satisfaisantes et épanouissantes via l’amour et l’amitié.

L’influence de l’environnement sur le développement cérébral

Durant la vie intra-utérine le développement du cerveau est sous l’influence de processus génétiques, du stress, de l’environnement affectif, des conditions socio-économiques, de la culture, de facteurs nutritionnels, des produits toxiques, de la pollution.

Une fois né, s’ajoutent la sécurité affective, l’écoute, les soins de maternage. Cela déterminera une fois adulte comment il surmontera le stress, vivra ses émotions et exprimera son affectivité.

Les échanges avec l’ environnement sont incessants, et chaque expérience aura une conséquence sur son cerveau. Dès la naissance, le nouveau-né perçoit l’état émotionnel de son entourage. L’humain est celui parmi les primates qui a le cortex pré-frontal le plus volumineux. Le volume du cortex semblé corrélé avec la taille du groupe social de l’espèce.

Notre cerveau repère les expériences vécues répétées. Les circuits neuronaux se consolident en fonction. L’impression est profonde.

Le cerveau a besoin de relations apaisées pour évoluer de manière favorable et optimale. Au sein des familles, on peut observer du synchronisme. En effet, des relations agréables, sereines, le jeu , le câlin, la chahut entre parents et enfants entraînent la production chez tous d’ocytocine et d’endorphine qui apportent la paix intérieure et le bonheur.

L’influence de mauvaises expériences sur le développement du cerveau

Le cortex préfrontal d’enfants qui subissent de la négligence ou de la maltraitance, des punitions corporelles voit son volume diminué, ses fonctions altérées. Le développement émotionnel et social est perturbé.

Les cris, les fessées, les menaces, le chantage, le coups détériorent la relation et augmentent le stress et la colère. Les phrases comme « tu n’es pas gentil, tu es méchant » donnent une mauvaise perception à l’enfant de qui il est, et l’incite à se comporter comme tel.

Lorsque l’enfant subit des corrections plus fortes comme les coups de ceinture on observe les conséquences suivantes:

  • Une hyperactivité de l’amygdale (centre de la peur)
  • une baisse de la taille de l’hypocampe (les neurones de l’hypocampe sont agréssés par la sécrétion du cortisol)
  • une baisse de volume de la substance grise dans le cortex pré frontal et donc une conséquence directe sur l’attention, la mémoire de travail, la connaissance de soi et des autres
  • l’altération de la myéline et la réduction des télomères (extrémité des chromosomes). Ils seront donc moins résistants à l’épreuve du temps et de l’environnement.
  • une hausse de la violence
  • une hausse de l’anxiété
  • une plus grande vulnérabilité à la drogue et à l’alcool
  • des infections plus fréquentes et de la fatigue chronique
  • des troubles de l’appétit, de la digestion, respiratoires et du sommeil ainsi que d’autres troubles somatiques
  • une confusion des règles éthiques: par exemple faire du mal pour faire du bien en réponse à ce qu’il a connu:  » si je te punis c’est pour ton bien »
  • une distorsion de la perception de l’amour: l’enfant ne sait plus ce que c’est d’aimer et d’être aimé

Rappelons que l’enfant qui craint ses parents ne les respecte pas, il est triste et en colère contre eux et perd la confiance en l’adulte.

Dès que le stress est là, les circuits qui nous permettent de penser, apprendre, réfléchir, mémoriser, et être créatif sont perturbés voir inhibés. Plus le stress est intense ( maltraitance, abandon, sévices sexuelles) plus nous sommes dépossédés de nos capacités intellectuelles. Adulte, nous deviendrons hypersensibles au stress et serons plus vulnérables à certaines maladies comme la dépression, le diabète, la sclérose en plaques, les addictions, l’obésité, les comportements sexuels à risques et les conduites anti-sociales. En effet face au stress, on note des situations d’évitement et la difficulté à nouer des liens, mais aussi de l’agressivité due à une hyperactivité de l’amygdale

Lorsque l’adulte met des mots, apaise, explique, rassure, cajole, embrasse, donne la tétée, l’amygdale se calme et le réseau de communication entre les deux hémisphères et le corps calleux se développe, le rythme cardiaque et la respiration se calment, le système immunitaire retrouve son équilibre. Le corps produit alors de l’ocytocine qui apporte une sensation de bien-être, augmente l’empathie et favorise l’altruisme et la coopération, renforce les liens et déclenche le comportement maternel.

La responsabilité de l’adulte

L’adulte est sans cesse imité par l’enfant. Il doit donc veiller à ses propres comportements et à leur cohérence. Par exemple, si l’enfant participe quotidiennement à des scènes de résolution de conflits via le dialogue, son cerveau enregistrera ce mode de réponse.

N’oublions pas que le parent veut souvent le meilleur pour son enfant.

Catherine Gueguen déplore que l’adulte par manque de connaissance du fonctionnement de l’enfant se trouve comme un « analphabète émotionnel » et que c’est préjudiciable pour tous. Les frustrations et les incompréhensions entraînent une misère relationnelle. Quand le parent comprend que certains comportements de son enfant sont dus à l’immaturité cérébrale, il est rassuré et adopte une attitude plus compréhensive. Le parent connaît souvent les étapes de la marche, de la propreté, de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, mais qu’en est-il de sa connaissance du développement de la vie affective? L’adulte doit reprendre confiance en lui dans ses capacités à éduquer et si il a été capable de comprendre le fonctionnement d’un ordinateur, il pourrait normalement apprivoiser le cerveau de l’enfant.

Différence entre empathie et sympathie

Dès la naissance il est capable d’empathie affective. Dès 6 mois on perçoit son attirance pour les personnes chaleureuses et bienveillantes. Dès un an il a des comportements altruistes, comme réconforter quelqu’un en détresse. A 15 mois il a le sens de l’équité, commence à voir conscience de lui-même et fait part d’empathie cognitive c »est à dire qu’il peut se mettre à la place de l’autre. Vers 36 mois il intègre les règles sociales et découvre de nouvelles émotions: la fierté, la culpabilité, la honte, l’orgueil.

Plus l’enfant vit d’expériences d’empathie, plus il est sociable, et moins il développe de comportements agressifs et anti-sociaux.

Le cerveau adolescent

Vers 16/17 ans, les lobes frontaux et temporaux sont en plein développement. Ils permettent à l’adolescent:

de développer son sens moral

de se mettre à la place des autres, notamment dans des situations de conflit

d’éprouver de la compassion et de l’empathie

de comprendre les émotions d’autrui, notamment grâce à une meilleure évaluation des intonations de voix et des odeurs corporelles.

de comprendre ce qu’il ressent

de réprimer son impulsivité et ses actes irréfléchis et irraisonnés

de mieux gérer ses réactions face à autrui via la prise de recul, la réflexion, l’analyse, la prise de décisions et la planification.

de parfaire sa pensée abstraite, la déduction et la maniement de nouveaux concepts

de préciser son goût et son odorat

d’augmenter sa mémoire de travail et ses capacités intellectuelles

Le jeu

Il favorise la croissance neuronale et synaptique, consolide certaines voies neuronales, fait baisser l’anxiété, participe au développement de l’intelligence sociale et émotionnelle. Il permet d’apprivoiser les situations quotidiennes, d’apprendre à se connaître et à connaître les autres, libère les pulsions motrices, augmente l’imagination, la créativité, l’équilibre, apprend les règles, les notions de temps et d’espace, éveille les sens, apporte de la joie!

Par où commencer?

Faire autrement implique déjà de penser autrement, à petit pas et chacun avec ses capacités et à son rythme.

L’évolution personnelle entraîne l’évolution collective.

Simplifier les notions scientifiques et les rendre accessibles permet de simplifier les relations humaines. Les ouvrages que je cite dans ce blog vont dans cette lignée. L’enjeu est sociétal.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.