Un mois d’immersion en école Montessori

En tant que psychologue du développement j’ai eu envie d’éprouver mes connaissances théoriques en allant de nouveau à la rencontre des enfants afin d’observer de mes propres yeux les phénomènes évoqués par Maria Montessori dans ses écrits.

J’ai fait le choix de dégager du temps dans ma carrière pour observer, car j’ai eu aussi le besoin de me faire ma propre opinion sur cette pédagogie qui suscite dans ma sphère personnelle et professionnelle énormément de questionnements et de préjugés. Et oui Montessori, tout le monde en parle, c’est à la mode, ça remplit un rayon entier à la fnac et parmi la centaine d’ouvrages proposés seuls une dizaine sont écrits par Maria Montessori.

Ce qui a mon sens suscite un tas d’idées reçues:

  • Si l’enfant doit retourner après à l’école publique il ne sera pas s’adapter
  • c’est élitiste: c’est pour les riches
  • Les enfants y sont rois, n’ont pas de frustrations et de contraintes
  • Les enfants font ce qu’ils veulent et ne travaillent pas
  • Ils sont en dehors de la réalité sociétale

Alors j’ai eu envie de voir cela de mes propres yeux et j’ai donc effectué un stage de 4 semaines successives dans une école Montessori et plus précisément deux semaines en maison des enfants auprès de 20 enfants de 3 à 6 ans et deux semaines en école élémentaire dans une classe unique de 35 enfants de 6 à 12 ans. J’ai fait un deal avec l’école: ils m’acceptaient en stage en échange de mes observations sur certains enfants à besoin particuliers pour lesquels l’équipe se sentait démunie.

La préparation: Avant de débuter, je me suis posée la question du sens de cette étape dans ma vie en identifiant des objectifs précis. Pendant l’observation, j’ai été guidée par l’éducatrice et la directrice pour prendre une place spécifique sur une petite chaise au milieu de l’ambiance. Pendant un mois j’ai regardé, assise sur une chaise d’enfants sans jamais intervenir. J’ai anticipé chacun de mes déplacements dans l’espace en silence et le plus discrètement possible afin de me rendre quasi invisible au fil des jours. A la fin de chaque journée j’ai pu échanger sur mes observations avec l’éducatrice et l’assistance. Une restitution collective a été faite avec l’ensemble des dix salariés en fin de stage.

Les outils que j’ai utilisé : Dans un premier temps j’ai pris des notes libres dans un carnet relevant à la fois des faits et mes questions. Par la suite j’ai rempli des tableaux d’observation ainsi que des courbes de concentration

Mes cibles d’observation: J’ai eu l’occasion de dessiner et photographier précisément les classes ainsi que l’aménagement des aires et le planning quotidien. J’ai identifié le matériel appartenant à chaque aire. Ensuite j’ai travaillé sur l’observation des tendances humaines et les caractéristiques psychologiques suivantes : la résistance physique, la séparation avec la famille, la tendance à se mettre en groupe, le développement moral, le culte du héros, le sens des responsabilités, le chemin vers l’abstraction, l’intérêt pour la communauté, le refus de l’injustice, les réactions émotionnelles fortes, le soin de la personne.

Ensuite, je me suis intéressée à la mise au travail et aux prises d’initiatives ainsi qu’aux rappels à la règle de la part des adultes. Puis j’ai axé mon regard sur la quantité et la qualité des interactions sociales entre les enfants et entre l’adulte et l’enfant. Cela m’a amené sur l’observation de la posture de l’éducateur et de l’assistant (la répartition des tâches, la présentation du matériel, la voix, la posture, les gestes, la qualité de langage, les silences, comment sont formulées les demandes, qui est garant du cadre).

Pour finir, j’ai utilisé des courbes de concentration en observant plus précisément certains enfants questionnant l’équipe, en journée complète ou demi-journée. De même, j’ai utilisé des tableaux d’observation qui sont venus compléter les informations et qui m’ont permis d’établir des camemberts mettant en valeur le temps passé sur chaque activité dans une journée. Le fait d’observer à la fois en maison des enfants et en école élémentaire, m’a permis de comparer l’aménagement de l’espace, l’organisation de l’emploi du temps et la mise à disposition du matériel.

Les observations qui m’ont le plus touchées : En un mois, j’ai pris une centaine de pages de notes d’observation mais voici les phénomènes qui m’ont particulièrement surprise :

La mise au travail spontanée : les enfants sont des explorateurs qui n’ont pas toujours besoin d’un adulte pour les guider vers les activités. Dès leur arrivée, certains se mettent au travail durant de longues heures.

La concentration : j’ai été surprise par le niveau de concentration de certains enfants très jeunes, répétant inlassablement la même tâche en l’occurence moudre du café, tandis que tous les autres enfants s’affèrent à d’autres activités ou sortent même de la classe. L’enfant « happé » par cette activité n’a même pas remarqué qu’il était seul dans la classe et que tout le monde partait déjeuner. J’ai rencontré ce phénomène à plusieurs reprises.

La paix dans l’ambiance est directement liée avec la mise au travail: Plus les enfants travaillent et plus l’ambiance est paisible.

L’attirance pour certains objets : les enfants vont spontanément et prennent beaucoup de plaisir à manipuler des objets qui nous semblent futiles ou peu attrayants en tant qu’adultes (le petit cube de la tour rose, le moulin à café, la pince à escargots, l’épluche légumes, le balai)

Les périodes sensibles : Chaque enfant du même groupe d’âge suit l’impulsion de sa propre période sensible. Tandis que l’un se prend de passion pour les lettres, un autre se passionne pour le rangement, la géographie, l’eau, la gravité. Sa force, sa volonté, sa soif de connaissance semblent alors inépuisables.

L’influence des écrans sur le comportement des enfants : La présence massive d’écrans à la maison modifie considérablement le comportement de l’enfant au sein de l’ambiance.

L’autonomie des plus petits : j’ai été sidérée par la « débrouillardise » de certains enfants de 3 ans, notamment ceux passés par la communauté enfantine. Ces enfants étaient capables de se laver seuls, de s’habiller, se servir à manger, couper leur repas, débarrasser, nettoyer leurs tables, entre autres.

Mes bémols:

La cour bétonnée! Et oui malheureusement l’école que j’ai visité est une école de centre ville complètement enclavée, sombre, et vétuste sans un brin d’herbe. Quand je vois les enfants creuser sous le bitume avec des crayons à la recherche d’un peu de terre je suis navrée pour eux

L’absence de récits fantastiques et contes pour les plus petits. Maria préconise en effet jusqu’à 6 ans de proposer des textes réalistes.

Le rôle de l’adulte: Chaque ambiance est encadrée par deux adultes: un éducateur et un assistant, dont les rôles sont très distincts. L’adulte semble investi d’une mission suprême. Au service de l’enfant, certains en oublient leur propres besoins physiologiques et leur propre rythme.

Les plages de travail de 2h30 matin et après-midi: Les petits bouts ne sortent pas en récréation à part à l’heure du déjeuner. J’ai pu observé que cela ne convient pas à tous, surtout à ceux qui ont un grand besoin de se mouvoir.

En conclusion : Comme à chaque fois que l’on prend le temps d’observer les enfants sans intervenir, ils nous surprennent, nous régalent via leurs prises d’initiative, leur inventivité, leur espièglerie, leur talent.

Ils nous apprennent aussi énormément sur nous-mêmes via leurs questions, leurs regards. Ils nous renvoient à notre propre enfant intérieur et nous font avancer d’un pas en nous questionnant sur qu’est-ce qu’éduquer ?

Cette observation n’a fait que renforcer mon incroyable admiration pour les enfants et affiner mes compétences en observation via des outils que je ne connaissais pas. Le fait de regarder certains enfants plus précisément a fait évoluer leur comportement. Je les ai regardé avec amour, nous avons échangé avec l’équipe sur leurs comportements et au fil des jours leurs comportements ont évolué. Je n’ai qu’un mot à dire. Chaque école étant différente, multipliez les lieux et surtout forgez-vous votre propre opinion !

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