Une semaine d’immersion dans une école parentale du 3ème type

En novembre dernier j’ai été accueillie une semaine dans une école du 3ème type. Ecole toute neuve, expérimentale et en plein questionnement, ils m’ont demandé de venir pour réfléchir avec eux autour de quatre thématiques:

  • quelle est la qualité de la communication entre les enfants et les parents et, est-ce qu’on se rapproche des principes de la communication non violente?
  • Comment aménager les espaces pour qu’ils répondent au mieux aux besoins des enfants
  • Comment harmoniser les contenus et les règles pour la dizaine de parents qui vont animer l’école?
  • Comment favoriser la liberté tout en apportant du cadre?

Cette école en projet depuis trois ans, a vu le jour en septembre dernier à l’initiative de 6 mamans. Il y a trois ans, après la fermeture de l’école du village, leurs enfants sont envoyés en bus dans une école flambant-neuve: un regroupement. Elles ne se reconnaissent pas dans les valeurs, le rythme, ce qui est proposé à leurs enfants et se disent: et si on réhabilitait l’école du village en créant notre propre modèle! Au conseil municipal, la location de l’ancienne école est acceptée à la mairie à une voie près et l’aventure commence!

Le 3ème type? Les écoles du 3ème type ont été inités il y a 50 ans par Bernard Collot qui remet totalement en cause les représentations de l’acte éducatif et du système éducatif puisqu’il n’y a pas d’apprentissages formels, l’enfant étant la source de son propre apprentissage. Les enfants initient eux-même leurs activités et régulent l’organisation du quotidien. L’école est un espace de vie sociale à disposition des enfants.

Pour Bernard Collot, l’école doit contribuer à la construction de l’enfant en adulte autonome, disposant des outils de l’autonomie pour être et agir dans une société où il ne sera pas passif. L’école est donc multi-âge et accueille des enfants de 3 à 11 ans. Elle est ouverte sur l’extérieur.

« L’école du 3ème type est un système vivant qui s’inclut dans l’environnement et l’écosystème social.  Les parents, le village ou le quartier, sont partie prenante de l’élaboration de ses stratégies et de son activité. »

Une école parentale? est une école qui est gérée par les parents: projet pédagogique, trésorerie, plannings, réunions, ménage…et école! Chaque parent s’engage à donner de son temps bénévolement pour l’école sous la forme d’une demi-journée par semaine de présence à l’école ou de démarches administratives ou autres en dehors de l’école. A chaque demi-journée, c’est donc un parent différent qui est présent et qui propose aux enfants des activités (qui ne sont pas obligatoires). Seuls deux adultes n’ont pas d’enfant scolarisé: Un adulte salarié qui fait le fil conducteur sur l’ensemble de la semaine et est toujours présent. Un directeur qui fait le lien avec l’éducation nationale et vient plusieurs fois par an faire le point.

Un projet pédagogique en lien avec la nature Cette école propose des activités de pleine nature 3h tous les après-midi. Au travers des champs, bois, plaines, vergers, ruisseaux et de la carrière, il est autorisé de se salir, d’expérimenter, de lancer, ramasser, fabriquer, toucher, cueillir…Chaque enfant est autonome sur son habillement et le matériel qu’il souhaite emmener. C’est ainsi que I, 6 ans emmène dans les champs, un énorme poupon, un sac à main, porte des bijoux et des ballerines roses. L’idée est que I s’approprie son corps et se rende compte d’elle-même de la praticité de ses habits, de leur confort, de leur pertinence. Les adultes ne portent aucun jugement sur ses choix.

Les moments qui m’ont le plus touchée:

Voir une maman danser sur l’opéra casse-noisette à fond à 11h du matin en classe avec des enfants riant aux éclats, libres de leurs mouvements et insouciants du regard de l’autre

La tendresse quotidienne spontanée entre les enfants (portés, câlins, entraide, caresses, questions, attention portée à l’autre, douceur dans le regard)

La liberté laissée à chacun d’expérimenter comme: marcher en basket pendant des kilomètres de flaques, monter en haut d’un arbre, glisser à plat ventre un jour de pluie sur une pente boueuse, fabriquer pendant 4h des confettis ronds à la poinçonneuse pour espérer les vendre à un marché de Noël

La liberté laissée à chacun de s’exprimer: avoir le droit de dire non, de changer d’avis, d’exprimer ses émotions, de questionner l’adulte.

La confiance en l’adulte: les enfants n’ont pas d’appréhension à venir à l’école et à s’exprimer librement auprès de l’adulte car ils ne le craignent pas

La manif anti macron: j’ai vu de mes propres yeux une manifestation orchestrée par des enfants de 3 ans 1/2. Sur les marches de l’école ils battissent un rond point à partir des cônes de gym, ils endossent les dossards jaunes et en accrochent même au portail. Enfin, ils se postent en haut des escaliers en disant « Macron, gros bébé ». Véritables éponges, voilà comment les enfants perçoivent la société d’aujourd’hui?

L’échange avec une maman russe: Elle a débarqué en France en Août. A la rentrée, elle arrive à la maternelle du coin avec ses deux jumeaux de 3 ans et s’attend à y passer quelques heures voir la journée. En Russie cela se fait beaucoup et ses enfants ne parlent pas un mot de Français. Après un petit bisou elle est gentiment reconduite à la porte: « il ne manquerait plus que les parents restent à l’école ». Après 3 semaines d’école, ses deux enfants sont devenus allergiques à la langue française: à chaque fois qu’elle leur parle en Français, ils mettent les mains sur leurs oreilles et poussent des hurlements, tournent la tête, se crispent, voir fuient. Elle tente un dialogue avec l’école, en vain. Les vacances de la Toussaint arrivent et elle cherche une école qui tolère les parents. La voilà à l’école du 3ème type, à 50 min de chez elle.

C’est de loin pour le moment l’expérience d’école qui m’a le plus touchée car j’ai rencontré des gens d’une grande sensibilité, audacieux mais d’une humilité incroyable, avec une vision singulière de l’éducation et un engagement réel.

Pour aller plus loin concernant ce type d’école, voici le lien vers le blog du Bernard Collot http://education3.canalblog.com/ qui vous permettra de comprendre son cheminement.

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