Quand l’école s’adapte aux enfants -Donna Bryant Goertz

Texte de 333 pages paru en 2001 et traduit en français en 2014

Sur l’auteur: Donna Bryant Goertz a fondé une école Montessori à Austin (Texas) dans une vieille caserne militaire en 1967. A l’époque, l’école accueille 17 enfants de 3 à 6 ans. Aujourd’hui, 285 élèves de 18 mois à 15 ans profitent de ce lieu. Chaque année dans sa classe, elle accueille ceux qu’on nomme, « violents », »coléreux », »perturbateurs », » excentriques »,  » ingérables » et propose à la classe de leur faire une place.

Sur le livre: L’ouvrage se compose de 20 récits de vie d’enfants « différents » au sein de la classe. Donna nous guide ici dans ses pérégrinations pour les accueillir tels qu’ils sont, sans préjugé, et sans étiquette. Elle s’oppose fermement aux traitements (ritaline, anti-dépresseurs, anxiolytiques…) qui volent la liberté des enfants, leur volonté, leurs décisions, leur auto discipline et leur sens de l’effort. Elle souhaite découvrir le vrai tempérament de chacun et donc les voir sans traitement.

Sa vision de l’enfant difficile: Aucun enfant n’est rebelle ou difficile, et chaque problème est le problème de tous. Chez chaque enfant avec des comportements indésirables et des difficultés d’apprentissage, il y a de la souffrance et de la détresse. Face à la peur et la souffrance, elle appelle l’amour et la compréhension chez les membres du groupe.

Donna propose de modifier l’environnement plutôt que l’enfant. Pour que leur désir d’apprendre puisse être satisfait, « les écoles doivent pouvoir s’adapter à une gamme variée d’êtres humains » »elles doivent être conçues pour accommoder l’enfant avec ses caractéristiques et tendances particulières, et ses niveaux de développement, au lieu d’exiger de lui qu’il s’adapte ». Chaque enfant doit pouvoir y accomplir sa destinée. L’école a la responsabilité d’aider les parents à voir leur enfant à travers le prisme de la joie et de l’amour.

Le pouvoir de la communauté: La communauté (ici la classe) est une société qui inclut chacun dans son entièreté. La communauté doit s’auto-gérer et permet la guérison des membres. Elle est dite inclusive: elle encourage l’enfant exclu à s’intégrer et à trouver son rôle particulier dans la classe. La communauté bénéficie de la présence d’un enfant compliqué. C’est un cadeau! En effet, elle tire elle-même profit de l’aide qu’elle apporte à l’autre. Ces enfants différents, font parfois miroir avec notre propre intériorité et font partie intégrante de la dynamique de groupe. Ils permettent d’acquérir de l’intelligence émotionnelle et intellectuelle, développent la psyché, approfondissent l’humanité, redéfinissent la notion de civilité. « En acceptant l’autre nous ne pouvons que accepter ce qui est nôtre en nous ».

« Quand les lois sont définies, les valeurs respectées et les principes appliqués sans menace de punition mais avec une conviction absolue, avec foi, espérance et amour, même les membres les plus rejetés trouveront leur place ». « Aime ton ennemi, et tôt ou tard il deviendra un membre de la communauté ». Quand un des membres commence à s’aimer lui-même et s’accepter, alors il peut aimer et accepter l’autre, il est libéré du fardeau d’être « bon » ou « mauvais ».

L’humanisation de la relation éducative: doit être constante et s’accompagner de générosité, de souplesse, de travail, d’amour, d’affection, de passion et de joie. Nous devons faire confiance à l’enfant et à la communauté et garder en tête qu’une variété d’approche est possible. Le cadre doit être sécurisant car lorsqu’on dévalorise un enfant en classe, le sentiment d’insécurité se glisse au plus profond de tous.

Tendre des clés à l’enfant: un chapitre est consacré à l’obéissance et la « concurrence et la contrainte structurelle » propres aux écoles traditionnelles. Pour Donna, la contrainte et l’obéissance ne sont pas des clés pour faire grandir nos enfants. Nos enfants sont des donneurs de questions et non des donneurs de réponses, comme c’est souvent attendu! Pour Donna, l’éducateur propose des clés, l’enfant les saisit et ouvre lui-même la porte des apprentissages. La clé est universelle , une fois que l’enfant l’a, il peut aller partout dans le monde. Lorsqu’on est pris de panique et qu’on propose du rattrapage ou que l’on force l’enfant qui a une aversion pour une matière, on arrache les clés des mains de l’enfant, on ouvre la porte à sa place et on l’encourage à être dépendant et méfiant. On lui fait croire qu’il est dépendant de nous dans ses apprentissages. On le prive de la satisfaction d’apprendre seul. Pour assimiler les leçons de la vie et du monde, il doit se fier à ses propres désirs et son propre rythme. L’enfant détermine de lui-même naturellement le temps qu’il lui faut.


Donna livre aussi des conseils précieux pour la maison en ce qui concerne l’aménagement de l’espace, la participation de l’enfant à la vie de famille et ses projets, l’expression de ses émotions et de sa créativité en fonction de sa personnalité, le respect des besoins fondamentaux, l’aide au rangement, la prise en compte des comportements indésirables.

Mon opinion sur le livre: il fait partie des livres qui te mettent une petite « claque ». Et oui! J’ai beau penser qu’avec les enfants et les ados je fais de mon mieux pour que tous se sentent inclus à l’école, quand je vois le travail accompli par Donna je me dis qu’il me reste de la marge. Ce livre touchant, poignant et très bien traduit s’adresse à tous ceux qui accueillent dans des groupes (écoles, internats, ime, foyers, centres de loisirs, activités extra scolaires…) des enfants avec des difficultés. La construction du récit en 20 récits de vie permet de lire tranquillement sans perdre le fil, histoire par histoire, et de faire une pause entre chaque pour assimiler et se questionner.

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