Pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent-Ramïn Farhangi

Texte de 182 pages paru en 2018

Sur l’auteur: Diplômé d’une école d’ingénieur, il travaille 3 ans pour une multinationale: période durant laquelle il questionne son rôle dans la société. Il démissionne pour assouvir son rêve d’enfant: devenir prof de maths et de physique au lycée! La désillusion se fait sentir rapidement lorsqu’il s’aperçoit que les élèves s’impliquent peu dans leurs propres parcours. A titre expérimental il leur offre chaque jour un peu plus de liberté et commence à lire, questionner, visiter, rencontrer l’univers des écoles démocratiques: c’est une évidence! En 2015 il fonde avec d’autres l’école Dynamique de Paris. Aujourd’hui il est facilitateur de vie collective à l’éco-village démocratique de Pourgues ( Ariège). Il est aussi membre de l’association enfance libre qui prône » Une éducation libérée du socle commun, de l’inspection académique et de toute obligation envers les enfants, les parents et les écoles ». Il se décrit comme un « permaculteur », passionné du vivant qui observe les processus spontanés et les interactions naturelles », et s’en inspire pour son mode de vie.

Ramïn Farhangi est un acteur très impliqué dans la vie des écoles démocratiques en France et à l’étranger. Très présent chaque jour sur les réseaux sociaux, il a un œil aiguisé et averti sur l’avancée du mouvement et ne manque jamais d’apporter son soutien à tous les membres.

C’est quoi une école démocratique? Il existe deux grands modèles d’écoles démocratiques qui ont chacun leurs spécifcités:

  • Le modèle Summerhill initié en Grande Bretagne en 1920 par Alexander S Neill
  • Le modèle Sudbury Valley School (SVS) fondé par Mimsy Sadofsky et Daniel Greenberg il y a 50 ans près de Boston.

L’EUDEC (European Democratic Education Community) propose cette définition de l’école démocratique: « Les jeunes devraient pouvoir choisir ce qu’ils font, quand, où, comment et avec qui, du moment que leurs décisions ne transgressent pas la liberté des autres de faire de même. Ils devraient aussi jouir d’une part égale du pouvoir de décision sur le fonctionnement de leur organisation, notamment sur le règlement intérieur et son application, participant ainsi à y instaurer un cadre de liberté, confiance, sécurité et respect. »

Il existe aujourd’hui 2500 écoles démocratiques dans le monde. En France, il y a une quarantaine d’écoles, un village démocratique et une dizaine d’écoles en projet.

et concrètement?

Ce livre parle plus spécifiquement du modèle SVS qui se distingue par le fonctionnement suivant:

  • C’est une communauté dans laquelle chacun est traité comme une personne libre et pleinement indépendante quelque soit son âge.
  • Il n’y pas d’élèves et de professeurs mais des membres d’une même communauté
  • ni programme scolaire, ni emploi du temps, ni ateliers auxquels s’inscrire: les apprentissages s’y font de manière autonome dans un cadre de pleine liberté individuelle: « L’apprenant fait ses propres choix sur la base de sa motivation intrinsèque »
  • Aucun domaine de connaissance n’est plus légitime qu’un autre, chacun apprend donc ce dont il a besoin et ce qui l’anime.
  • Contrairement aux écoles Freinet, Montessori et Steiner, il n’y a pas de modèle pédagogique à proprement parlé et donc pas de protocoles de transmission des savoirs
  • C’est une école dans laquelle on apprend la liberté, la primauté de l’individu, la responsabilité, la coopération, le questionnement, le respect de l’autre et la connaissance de soi.
  • L’école s’abstient de divertir et occuper, elle n’a pas volonté d’éduquer l’autre pour l’améliorer et ne transmet pas le programme de l’éducation nationale. Elle cultive la laïcité et l’esprit critique
  • Il n’y a pas d’injonctions ni d’attentes et donc pas d’évaluations et de devoirs
  • Une grande place est laissée au jeu libre
  • Les enfants de 4 à 16 ans sont mélangés
  • Les comportements de l’âgisme sont abolis
  • Les jeunes et le personnel partagent le pouvoir à égalité pour la gestion de l’école et les prises de décisions, qui se font lors du conseil d’école
  • Les enfants et les adultes ont des droits égaux
  • L’école respecte l’esprit de la déclaration universelle des droits de l’homme et la convention des droits de l’enfant. Elle prône qu’il vaut mieux être plutôt que avoir
  • La présence d’un conseil d’école: Un conseil d’école est une assemblée hebdomadaire dont le rôle est de définir les règles de la vie commune et qui concerne tous les membres qu’ils soient adultes ou enfants qui souhaitent y participer. Il organise l’élection de responsables administratifs, la mise en place du règlement intérieur, gère les membres du personnel, les dépenses et l’achat de matériel. Chaque participant a un droit de vote égal, peu importe son âge.

Pourquoi créer une alternative à l’école traditionnelle?

En ce qui concerne l’école traditonnelle, on peut aujourd’hui faire les constats suivants:

  • « l’école de la République est un oxymore » et une petite arnaque. Elle s’engage à soutenir les valeurs de la déclaration universelle, mais ne propose pas un processus démocratique impliquant les élèves
  • La culture de la performance aggrave l’inégalité des chances. Les élèves issus de milieu aisé sont plus conditionnés à répondre aux attentes de l’école et sont plus préparés grâce à un capital culturel de base. Le regard porté sur eux est plus valorisant et grâce au cercle vertueux de l’effet pygmalion, leurs performances augmentent plus que celles de milieu défavorisé.
  • L’école cache une violence généralisée et invisible qui laisse des séquelles. L’évaluation dont nous sommes l’objet de la maternelle à la retraite est un moyen de coercition. Qui n’a jamais appris par cœur pour un contrôle sans aucune conviction? et a ensuite désencombré son cerveau pour faire de la place à ce qui nous plaît et apparaît comme utile. Derrière chaque note se cache un jugement parental félicitant ou accablant. La mauvaise note angoisse quand à sa future place sociétale. La compétition met en péril les liens entre les humains.
  • Les jeunes ont perdu foi en l’avenir, en ont peur et s’en rendent malades!
  • Le professeur sur l’estrade représente l’autorité. Il pose le cadre, punit les détracteurs, il accorde des permissions pour se déplacer, s’exprimer, interagir, aller aux toilettes. De 8h30 à 16h30 le corps et le cerveau de l’enfant sont donc mis à disposition d’une activité productive que l’on décide pour eux.
  • Eduquer ne devrait pas être une liste de savoirs à acquérir mais plutôt des traits de caractère à forger, et des facultés à développer.

Pourquoi l’école démocratique fait peur à certains? terrifiante pour certains, impensable pour d’autres, rebelle, l’école démocratique ne laisse pas de marbre. Au premier abord il fut être un peu audacieux, lâcher prise, baisser les armes, ne pas être top frileux. En effet, il est extrêmement difficile de se débarrasser de la croyance populaire que l’école est une chance, qu’elle est gratuite, qu’elle garantit l’égalité des chances, amène le progrès, sort les enfants des mines et des champs. Nos plus grandes craintes sont là: et si l’enfant n’acquiert pas les savoirs de base, et si il peinait à s’intégrer en société?

L’école est-elle obligatoire? Le code de l’éducation rappelle que l’école n’est pas obligatoire, c’est instruction qui l’est! Pour compléter, l’article 26.3 de la déclaration universelle cite: « les parents ont par priorité , le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants » L’école et le programme scolaire sont donc optionnels, simples outils parmi d’autres!

Et ailleurs? Dans ce livre on apprend qu’en Allemagne l’école est obligatoire, qu’en France l’instruction en famille est autorisée mais les familles rendent des compte à l’inspection académique, tandis qu’aux U.S.A elle ne fait l’objet d’aucune surveillance.

L’école est-elle gratuite? l’école n’est pas gratuite. Chaque année la France consacre un budget de 100 milliards d’euros à l’éducation. en 2015 le contribuable a financé 6190 euros pour un élève de primaire. Les écoles démocratiques françaises sont toutes payantes pour les familles car elles n’ont pas d’aides de l’état.

A qui s’adresse le livre? Il s’adresse à tous ceux qui veulent découvrir les spécificités de l’école démocratique de type Sudbury. A mon sens c’est un excellent point de départ pour rentrer dans cet univers. Il a l’avantage de se lire très facilement et d’être précis. De plus, il nous simplifie grandement la tâche en nous donnant accès aux articles de lois concernant l’éducation, souvent difficiles d’accès. Il s’adresse aussi à toutes les familles qui proposent l’instruction en famille ou l’éducation en famille/communauté. Je le recommande aussi à tous les grands ados qui se questionnent sur le sens de l’école et la notion de liberté et aux professeurs impuissants. Une autre école est possible!

Pour aller plus loin: Les sites suivants permettent de s’imprégner encore plus:

http://www.eudec.fr/

http://raminfarhangi.unblog.fr/

http://www.villagedepourgues.coop/

https://polesenactioneudecfrance.wordpress.com

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