Portes ouvertes de l’école dynamique de Paris

Au gré du chemin, on a parfois la chance de pouvoir entrer dans des écoles alternatives ou dans des lieux alternatifs à l’école. Comme une petite souris, c’est l’occasion d’entre-apercevoir quelques instants de vie. Entrez et admirez, repartez sur la pointe des pieds.

L’école dynamique est une des premières écoles démocratiques de France basée sur le modèle Sudbury Valley School (cf l’article que j’ai écrit à partir du livre: pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent). L’école parisienne située près de la station de métro Alesia accueille une cinquantaine d’enfants de 5 à 18 ans en collectif mélangé avec pour mots d’ordre:

  • Pas de programme scolaire
  • Pas d’emploi du temps
  • Pas de professeurs mais des facilitateurs apprentissage
  • Pas d’élèves mais des membres auteurs et responsables de leurs vies quotidiennes
  • chaque membre, quel que soit son âge, a une part égale du pouvoir sur les décisions concernant le collectif, selon un système de démocratie directe: 1 personne=1 voix
  • deux organes permettent de réguler le quotidien et prendre des décisions: le conseil d’école et la commission d’enquête et d’arbitrage

Le dimanche 1er mars, l’école dynamique ouvrait ses portes au public. Un dimanche me direz-vous? Et oui c’est la première fois que je vais à une porte ouverte d’école le dimanche, un peu l’impression d’aller au musée!

Il pleut des trombes d’eau. Je sonne, je suis à essorer. Un adolescent m’ouvre les portes  » bienvenue, faites comme chez vous, sentez-vous à l’aise, promenez-vous, asseyez-vous pour écouter les conversations, posez toutes vos questions, on verra si on sait vous répondre ». Le ton est donné!

Je fais sécher mon manteau et mes chaussures, je marche en chaussettes sur la moquette, je me sens comme à la maison! Assez vite je dis qu’il fait un temps lorrain et on me dit de trouver dans les locaux une jeune femme qui s’appelle M, lorraine aussi, ancienne étudiante.

Je rencontre M, 20 ans, surprise de croiser quelqu’un de Nancy. Elle m’explique son parcours: à 16 ans elle a son bac en poche. Elle ne veut pas travailler, ni aller à la fac ou voyager. Elle cherche un cadre, une vie sociale, une école pour continuer de grandir et apprendre à se connaitre. Elle fait donc une recherche internet et tombe sur l’école dynamique. Elle déménage seule à Paris, à 16 ans! travaille pour financer l’école dans laquelle elle passera 3 ans et s’investira dans tous les aspects de l’école. Aujourd’hui elle est de retour à Nancy avec plein de projets en tête et une incroyable foi en l’avenir, mais ne manque jamais de retourner dans son école pour retrouver ses camarades,  » sa famille ».

Pour visiter les locaux elle m’oriente vers A, 17 ans qui me dit:  » je finis mon plat et j’arrive ». Il est 16h30 et voit mon oeil interrogateur  » vous savez ici, on nous dicte pas d’heures de repas, on nous prépare pas un repas de cantine à 12h, on mange ce qu’on veut, à l’heure qu’on veut, avec qui on veut ».

A finit donc son plat micro-ondable assis dans le canapé, vautré sur un camarade qui se fait masser les pieds. J’attends et j’observe l’innocence adolescente.

Puis vient l’heure de la visite. A est méthodique et me présente les espaces par ordre de popularité: le coin canapé/salon, la salle multi-média, la salle de musique, la salle d’art, la salle « défouloir » remplie de tapis de Gym et de coussins. Il me précise que les batailles de coussins sont autorisées uniquement si tous les gens dans la pièce sont d’accord.

Au fil des pièces il se livre sur son histoire, sans que je demande.  » Vous savez avant d’être dans cette école j’allais vraiment mal, j’étais harcelé à l’école, je n’y arrivais plus, j’ai fait une sorte de phobie scolaire, en arrivant ici, j’ai mis des mois à me retrouver, à faire confiance, à oser faire des choses ».

Sourire enfantin aux lèvres il me dit  » Vous savez, j’ai un projet, je veux aller à l’école 42 cet été pour vivre l’expérience de la « piscine » mais il faut avoir 18 ans. Ma mère m’a proposé de demander mon émancipation, d’être majeur avant les autres, je suis excité moi qui n’avait plus de projets, je vais peut-être devenir le plus jeune candidat de la piscine, c’est classe. Je ne m’entraîne pas car c’est plus un état de d’esprit à avoir, et au pire ça rate mais j’aurais essayé, ça coûte rien d’essayer.

 » ça coûte rien d’essayer ». Cette phrase résonne dans ma tête d’indécise et de peureuse de la vie : tellement vrai et si dur de se lancer parfois. En gros A 17 ans me donne une leçon de philosophie car en 3 ans il est passé de  » je ne crois plus en la vie » à  » au pire ça rate ».

Alors oui à l’école dynamique il n’y a pas de profs, de programmes scolaires et d’emploi du temps. Et grâce à cette liberté offerte, A s’est réparé, a appris à se connaître, à s’exprimer, à se livrer sur ses sentiments, à vivre en communauté et à respecter les règles qui vont avec, à défendre ses idées et son rythme de vie, s’est trouvé une passion, des amis qui le font venir un dimanche à l’école, de l’énergie, des rêves, connaît mieux que nous la loi concernant la majorité, et a pris 10 ans en deux ans.

Après 1h30 de visite qui m’on semblé durer 5 min je repars séchée, apaisée, souriante et avec foi en l’avenir. Imaginez si comme eux on y passait des années….

Pour aller plus loin l’école dynamique a son propre site: http://www.ecole-dynamique.org/

Et si vous êtes curieux et que vous vous dites c’est quoi l’école 42? Regardez ça : 42.fr

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