Libre pour apprendre-Peter Gray

Texte de 356 pages paru en 2016

Sur l’auteur: Peter Gray est psychologue du développement, professeur de psychobiologie, et directeur de recherche au Boston Collège. Il est connu pour ses critiques du système éducatif traditionnel. Chercheur, il s’intéresse aux fondements biologiques des pulsions et des émotions chez les mammifères. Il étudie l’éducation du point de vue de la biologie, et se questionne sur comment l’enfant apprend au travers du jeu.

Ses constats: Peter se remet totalement en question le jour où il s’aperçoit que l’école est une prison pour son fils. Suite à une énième convocation devant l’équipe pédagogique pour le comportement « ascolaire » de son fils, il fait les constats suivants avant de mettre son enfant dans une école démocratique:

  • Les jeunes sont en perte de repères et ont de plus en plus de problèmes de santé mentale et physique (augmentation nette de l’anxiété et de la dépression).
  • La comparaison, les tests et la peur d’échouer sont des facteurs d’anxiété. L’anxiété inhibe l’apprentissage.
  • L’école en jugeant les élèves fait naître la honte, l’orgueil, la tricherie et le cynisme
  • Les jeunes aiment peu l’école mais aiment y retrouver leurs amis de prison car ils sont mis en prison en fonction de leur âge alors qu’ils n’ont commis aucun crime
  • On a du mal à dissocier enfance et école: nous identifions souvent les enfants par rapport à la classe dans laquelle ils sont
  • Nous pensons que les apprentissages se font uniquement dans des lieux spécialement conçus
  • La plupart du temps les activités sont dirigées et évaluées
  • L’école est un univers confiné et un système coercitif qui distille l’idée que apprendre est un travail et qu’il faut être performant
  • L’école considère que l’enfant est incapable de prendre des décisions rationnelles. D’ailleurs on entend souvent ce message «  si tu fais ce qu’on te dit à l’école tout se passera bien pour toi » : Les enfants lâchent alors les rênes de leur propre éducation.
  • Le déficit de jeu libre tue l’esprit et retarde le développement mental Depuis 50 ans le temps de jeu libre ne cesse de diminuer ainsi que la liberté laissée à l’enfant d’expérimenter.
  • L’école perturbe le sens de la responsabilité individuelle et de l’autonomie
  • Le jeu libre est dévalorisé et considéré comme dangereux si il n’est pas surveillé (peur de l’enlèvement, de la route, des attaques de chien). De manière générale on fait moins confiance à l’enfant
  • Le nombre de devoirs le soir est augmenté ainsi que les activités extra scolaires qui décernent médailles, trophées et certificat et étayent le « cv » de l’enfant. Le parent est culpabilisé si son enfant manque quelques jours d’école pour partir en vacances.
  • L’école entrave la motivation, la liberté et les moyens naturels mis en place spontanément par les enfants pour apprendre, et fabrique donc des troubles de l’attention et de l’hyperactivité
  • L’école perturbe la vie de famille, fabrique de la crainte envers les figures d’autorité
  • Elle entrave la coopération et encourage le harcèlement
  • Elle inhibe l’esprit critique et la créativité
  • Elle réduit la palette des compétences et des savoirs enseignés

En résumé voici le paradoxe tragique : au nom de l’éducation, nous avons de plus en plus entravé et privé nos enfants du temps et de la liberté dont ils ont besoin pour s’éduquer eux-mêmes par leurs propres moyens. Et, au nom de la sécurité, nous les avons privés de la liberté dont ils ont besoin pour développer la compréhension du monde, le courage et la confiance en eux nécessaires pour affronter sereinement les défis et les dangers de l’existence.

L’auto-éducation: 4 chapitres sont consacrés à l’auto éducation des enfants et adolescents de Sudbury Valley School. Pour Peter, le savoir est quelque chose de fluide. Pour lui, « les vérités d’aujourd’hui sont les demi-vérités ou les mythes de demain ». Chaque individu devrait avoir accès à ce qu’il a envie de comprendre en utilisant les ressources qui lui semblent utiles à cet effet. Chacun devrait avoir voix au chapitre pour des décisions qui le concernent.

Les enfants sont biologiquement prédisposés à prendre en charge leur propre éducation. C’est un instinct naturel. C’est à nous adultes de mettre en place toutes les conditions pour que cet instinct, ces pulsions d’apprentissage et d’exploration, s’opèrent de façon optimale.

Pour identifier les conditions optimales permettant l’auto-éducation naturelle, Peter s’intéresse au fonctionnement et aux valeurs des chasseurs-cueilleurs: autonomie, confiance, liberté individuelle, partage et dons, coopération, égalité, les enfants s’éduquent eux-même en jouant à leur guise et explorant, assimilent ainsi tous les savoirs et les traditions de leur culture en ne distinguant pas le travail du jeu.

Peter perçoit l’éducation comme une transmission culturelle, un « ensemble de processus par lesquels chaque nouvelle génération d’êtres humains s’approprie les compétences, les rites, les croyances et les valeurs des générations précédentes et construit à partir de cette base ». Malheureusement le terme éducation est devenu synonyme de scolarisation!

Comment sommes-nous passé de chasseur-cueilleur à élève assis en classe? Peter retrace l’histoire et les évolutions majeures: L’avènement de l’agriculture est un facteur clé! Les hommes ont voulu avoir leurs maisons proches de leurs cultures. Leur temps de travail a augmenté, les familles se sont agrandies car la nourriture était plus abondante, les enfants se sont mis au travail de la terre. Peu à peu, on assiste au développement du sentiment de propriété, de classes, de compétition. On voit apparaître la cupidité, la différence de traitement homme/femme, une baisse du temps de jeu.

Tandis que le chasseur cueilleur se percevait comme partie intégrante du monde naturel, avec l’aire industrielle le lien avec la nature se modifie: il s’agit désormais de maîtriser la nature, contrôler la croissance, faire la guerre pour conquérir des terres, dresser et asservir les animaux, élever des enfants qui doivent obéir.

Quels points communs entre le fonctionnement démocratique des écoles SDV et les chasseurs cueilleurs?

  • du temps et des espaces pour jouer
  • le mélange des âges
  • la présence d’adultes attentionnés
  • le matériel disponible
  • le libre échange d’idées
  • le fonctionnent démocratique

L’importance du jeu?

De nature l’enfant est curieux, sociable, a un esprit ludique et des pulsions de jeu. Le jeu libre est un peu le « cheval de bataille » de Peter Grey. Difficile à définir, c’est un moyen mis en oeuvre par la nature afin que les enfants et les autres jeunes mammifères apprennent ce qu’ils doivent apprendre pour pouvoir survivre et mener leur vie. C’est une attitude mentale, une disposition qui émane d’une motivation interne. Le jeu nécessite un état d’esprit actif, alerte et dépourvu de stress.

Le jeu favorise les apprentissages, la créativité alors que l’évaluation et les récompenses entravent ce processus.

Les enfants apprennent au travers des jeux libres à prendre leurs propres décisions, à contrôler leurs relations impulsives et leurs émotions, à résoudre leurs propres problèmes, à créer et respecter des règles, à construire leur savoir-être, négocier, gérer les conflits. Dans les jeux d’extérieur ils apprennent à maîtriser leur corps et leur peurs. Ils y découvrent leurs talents et leurs préférences. Les émotions dominantes sont la joie et l’intérêt.

Au travers du jeu, les enfants se soudent en communauté!

A qui s’adresse le livre? Ce livre engagé s’adresse à tous ceux qui ne comptent pas rester « les bras croisés », et qui ont au fond d’eux une profonde confiance en l’enfant. A ceux qui sont près à leur échelle, à semer des graines pour que nos enfants aient confiance en eux, soient épanouis et deviennent de futurs adultes responsables. Ce livre s’adresse aussi à celui qui s’intéresse au jeu libre et à la notion même de liberté. A la fois philosophique et anthropologique, c’est une mine d’or de culture générale et d’histoire mais il est tellement riche qu’une seule lecture ne suffit pas! Il faut le poser, et le relire plus tard, voir quelques années après pour le découvrir avec une autre œil.

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