Comment savoir si vous avez un Haut Potentiel Intellectuel ?

J’ai été récemment interviewée par une journaliste de Doctissimo (Paulina Jonquères d’Oriola) sur la thématique du haut potentiel. Voici le lien vers l’article:

https://www.doctissimo.fr/psychologie/intelligence/comment-savoir-si-avez-un-haut-potentiel-intellectuel

Paulina Jonquères d’Oriola Journaliste maman, psycho et famille Publié le 11 juin 2021 en collaboration avec Marie-Noëlle Dejean, psychologue du développement spécialisée dans l’accompagnement des personnes atypiques, à haut potentiel et/ou hypersensibles et Cathy Assenheim, neuropsychologue

Ces dernières années, on entend de plus en plus parler des personnes à Haut Potentiel Intellectuel (HPI). Les « zèbres » fascinent les médias mais aussi le grand public comme en témoigne le succès de la série HPI sur TF1. Largement démocratisé, ce terme n’est cependant pas toujours utilisé à bon escient. Quels sont donc les signes qui suggèrent un haut potentiel ? Quels tests certifient qu’une personne est ou non HPI ? Comment cette singularité impacte-t-elle la vie des personnes concernées ? Éléments de réponse avec deux expertes de la question. Sommaire

  1. Haut Potentiel Intellectuel : c’est quoi exactement ? 
  2. Le QI d’une personne HPI est-il nécessairement harmonieux ?
  3. Quels sont les tests qui certifient qu’une personne est HPI ?
  4. Des tests toujours d’actualité ?
  5. En dehors d’un score de QI, c’est quoi un HPI ?
  6. Faut-il automatiquement passer un test de QI ?

Haut Potentiel Intellectuel : c’est quoi exactement ? 

Depuis le succès de la série HPI sur TF1 où l’actrice Audrey Fleurot interprète Marion, une mère de famille, qui se retrouve consultante pour la police grâce à son potentiel intellectuel élevé, le phénomène de Haut potentiel intellectuel a suscité beaucoup d’intérêt. 

En France, selon les critères nationaux, les personnes à HPI représenteraient 2,5% de la population (5 % selon les critères belges). Dans l’hexagone, une personne est considérée comme étant à haut potentiel quand son score total de QI est supérieur à 130, mais nous allons voir que tout ne se résume pas à de simples chiffres. Pour Cathy Assenheim, l’individu haut potentiel n’est pas plus “intelligent” : « il dispose juste d’un fonctionnement intellectuel particulier, avec des forces mais également des faiblesses ». 

De son côté, Marie-Noëlle Dejean pointe quatre particularités chez les HPI.

  • une rapidité d’apprentissage, notamment face à une nouvelle notion
  • un cerveau qui fonctionne plus rapidement et plus efficacement
  • un cerveau plus vite mature : certaines acquisitions ont donc lieu plus précocement
  • des capacités intellectuelles qui se distinguent de la norme 

Le QI d’une personne HPI est-il nécessairement harmonieux ?

Un HPI ne possède pas toujours des compétences égales dans tous les domaines de la sphère intellectuelle. Comme tout-un-chacun, l’individu à haut potentiel peut présenter des zones de force spécifiques. « En effet, certains ont un profil homogène ou harmonieux avec des compétences équivalentes ou supérieures à la moyenne des personnes de leur âge. Mais d’autres ont un profil hétérogène, avec plus de compétences, de facilité et d’aisance que les personnes de leur âge dans certains domaines », estime Marie-Noëlle Dejean. Autrement dit, ces individus présentent des potentialités hors normes dans certains domaines.

Selon Cathy Anssenheim, l’hétérogénéité est plus fréquemment rencontrée, et s’avère cruciale dans la compréhension du profil du chacun : « La majorité des personnes qui passent un test ne vont souvent retenir que leur note globale dans un raccourci « je suis HP ou pas ».  Ce qui est selon moi extrêmement réducteur et simpliste : ce score global ne rend absolument pas compte de ce qu’on appelle le profil individuel ». En effet, c’est avant tout l’analyse des sous-indices qui va donner le plus d’informations sur le fonctionnement cognitif de la personne évaluée et dès lors mettre en lumière sa spécificité. « C’est ce qui explique qu’un individu peut être considéré juste au-dessus des normes, ou même dans les normes sur le QI global… alors qu’il a un sous-indice très élevé et donc de réelles aptitudes à ce niveau.  Comme je le dis toujours, il y a autant de haut potentiel qu’il y a d’individus », suggère Cathy Assenheim.

Quels sont les tests qui certifient qu’une personne est HPI ?

Pour savoir si l’on est ou non HPI, il ne suffit pas de passer un test de QI en ligne ! Pour poser un tel diagnostic, il est indispensable d’effectuer un bilan auprès d’un psychologue ou d’un neuropsychologue. Bien souvent, le test de QI est proposé à la suite d’une série d’entretiens qui ont mis à jour un fonctionnement cérébral singulier, et des besoins spécifiques qui n’ont peut-être pas toujours été comblés.  Au total, un professionnel passe en général au moins 7H avec une personne avant d’identifier ou non un haut potentiel. « Le test confirme ou non l’hypothèse d’un HPI et vient mettre en valeur les forces de chacun. Le but est de comparer les capacités de la personne à celles des individus du même âge », précise Marie-Noëlle Dejean. https://b02f1c44ec97cc33d212fdd768460602.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html

HPI : les tests les plus courants en France selon l’âge

Enfant :

  • Wppsi 4 (pour 4ème version). De 2 ans 6 mois à 7 ans 7 mois
  • Kabc 2 (pour 2ème version). De 3 ans à 12 ans 11 mois
  • Nemi 2 (pour 2ème version). De 4 ans 6 mois à 12 ans 6 mois

Enfant/ado :

  • Wisc 5 (pour 5ème version) : de 6 ans à 16 ans 11 mois

Fin ado/ adulte : 

  • Wais 4 (pour 4ème version) : de 16 ans à 79 ans 11 mois

A noter que les professionnels préfèrent en général attendre que l’enfant atteigne l’âge de 6 ans afin d’obtenir des résultats plus fiables.

Des tests toujours d’actualité ?

Les tests de QI sont réévalués environ tous les 10 ans, permettant ainsi aux professionnels de bénéficier d’un nouveau matériel. Cependant, ces tests ont été critiqués ces dernières années du fait qu’ils ne prendraient pas en compte les autres formes d’intelligence mises en avant par Gardner : les habilités sociales, la créativité, la curiosité, l’intelligence musicale, sportive, spatiale, kinesthésique, spirituelle, naturaliste etc. Mais pour Marie-Noëlle Dejean, « les personnes qui critiquent le matériel de test en lui-même ne prennent pas en compte que toutes ces autres forces et compétences sont évaluées au cours des entretiens ».

De son côté, Cathy Assenheim estime qu’au-delà de l’aspect purement cognitif, diverses autres habilités sont également essentielles au bon fonctionnement global d’un individu. Et ces habilités ne sont pas évaluées par le test : la personnalité, la créativité, l’endurance, la motivation, les capacités relationnelles et sociales, la gestion des émotions etc. « Sachant que le test du QI ne permet par ailleurs pas d’identifier la présence concomitante éventuelle d’une hypersensibilité émotionnelle et sensorielle, qui peut quant à elle fortement compliquer le haut potentiel au quotidien ! », ajoute-t-elle. Toutefois, notre interlocutrice ne rejette pas la pertinence du test de QI, mais considère qu’il doit d’inscrire dans un diagnostic plus large et plus qualitatif. 

En dehors d’un score de QI, c’est quoi un HPI ?

Si chaque individu HPI est différent, on peut cependant retrouver un certain nombre de constantes. « Pensée associative en arborescence, capacité à faire des liens, facilité de conceptualisation, fluctuation d’idées, vitesse d’exécution lorsque la motivation est présente », énumère Cathy Assenheim. Mais à l’inverse, on peut aussi observer des troubles de l’attention et de la concentration, des ruminations mentales ou une impression que la tête ne s’arrête jamais de penser ! « Mais à nouveau, attention aux raccourcis et aux listes de caractéristiques : il n’y a pas un profil HP, mais une multitude d’individus différents », ajoute Cathy Assenheim.

Notre interlocutrice défend aussi l’idée que le corps des HPI fonctionnerait différemment, avec de potentiels effets sur la santé. « Le cerveau des HPI tourne plus et consomme plus. Et l’organisme « hyper » est dès lors souvent soumis à des dérèglements physiologiques de fond qui peuvent être responsables de toute une série de symptômes très fréquents : montées anxieuses, fluctuation de l’humeur, troubles de la glycémie, troubles du sommeil, perturbations digestives, prise de poids et plus globalement une fatigue chronique de fond », précise-t-elle. 

Faut-il automatiquement passer un test de QI ?

Contrairement aux idées reçues, les personnes à HPI ne sont pas forcément mal dans leur peau ! D’ailleurs, certains zèbres s’ignorent et ne pensent pas à passer de tests, tout simplement car ils n’éprouvent pas de difficultés particulières. En outre, « le test de QI n’est selon moi pas à automatiser mais à réaliser en fonction des besoins de la personne, surtout quand il y a de difficultés cognitives : troubles des apprentissages, manque de concentration etc », préconise Cathy Assenheim.

Toutefois, force est de constater qu’être HPI, c’est avoir une manière de penser, de raisonner, d’interagir, de voir le monde, même d’être au monde, différente des autres. « Cela implique souvent un sentiment de décalage mais pas toujours des difficultés », précise Marie-Noëlle Dejean. Au final, le test présente malgré tout un intérêt significatif pour les HPI en ce qu’il leur permet de mieux comprendre leur mode de fonctionnement. Cela est vrai aussi pour les parents d’enfants précoces qui peuvent ainsi accompagner au mieux leur enfant. « Mettre des mots sans « étiqueter » favorise une meilleure compréhension et donc une meilleure communication dans le foyer familial et dans la sphère sociale, de quoi bien grandir et bien se développer à tout âge », conclut Marie-Noëlle Dejean.

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